Histoire

 

Des origines au début du Moyen-âge 

Le Plateau de Bastogne est peuplé depuis la période de la préhistoire. On peut en attester grâce à la découverte de haches polies retrouvées sur le site. Des fouilles ont permis de mettre à jour plusieurs tombelles (tertres de terre peu élevés sous lesquels les défunts étaient inhumés) de l'époque de la Tène.

Les Celtes, ou Gaulois, sont présents en Ardenne dès le IIIème siècle avant J-C, mais cette population nomade n'a pas fondé la ville. Le nom "Bastogne" a une racine indo-européenne : bhas = eau claire.

A l'arrivée des Romains, commandés par Jules César (57 av. J-C), notre région était occupée par les Trévires, peuplade formée d'anciens Gaulois et de Germains infiltrés dans la région. Après leur défaite, César, fin politicien, décida de décerner aux Trévires le titre de peuplade libre et de leur laisser leurs institutions. Gagnés par cette modération, les Trévires furent rapidement romanisés. A cette époque, la région vivait principalement d'agriculture. Les troupeaux de moutons sillonnaient les terres pauvres de la contrée et fournissaient la laine que des doigts habiles transformaient en vêtements à l'épreuve du rude climat ardennais. La présence romaine est attestée par les vestiges de villas, de cimetières et de chaussées.

 

 

Le Moyen-âge 

Dès 634, le nom de Bastogne apparaît à la pleine lumière de l'histoire. A ce moment, un duc d'Austrasie donne à l'abbaye de Trèves ses possessions de Bastogne. Après 721, ce territoire passe à l'abbaye de Prüm. En ces temps profondément troublés, la population demeure fort démunie face aux excès des troupes ou des bandes de pillards. Les maisons fortifiées étaient rares et la meilleure solution était la fuite dans les bois. Seules la tour de l'EGLISE ST-PIERRE et la Maison Forte constituaient un abri pour les habitants. La ville de Bastogne présentait à cette époque la particularité d'appartenir à plusieurs propriétaires. En effet, la famille impériale avait pris l'habitude d'attribuer des biens à des seigneurs ou à des communautés religieuses en remerciement de services rendus ou encore, en paiement des prières dites pour le salut de l’âme de ses membres décédés.

Dès le IXème siècle, un atelier monétaire existe à la Maison Forte, ce qui témoigne déjà des activités commerciales naissantes. Un acte de 887 parle de Bastogne et de son marché. Le comte de Luxembourg Henri VII (1288-1309) a, lui aussi, frappé monnaie à Bastogne.

La présence des "Lombards", les agents de change de l'époque, est attestée et le commerce international (laine, par exemple) transite par Bastogne, ville - étape entre l'Angleterre, la Flandre, la Champagne et l'Italie. En 1332, Jean l'Aveugle, comte de Luxembourg et roi de Bohême, accorde une Charte de franchise à Bastogne et réunit sous son autorité les trois propriétaires des quartiers du Sablon, du Vivier et de Piconrue. Par le même acte, il permet à la ville de s'entourer de remparts, de tours et de deux portes : la Porte Haute (démolie en 1825) et la Porte Basse ou Porte de Trèves.Jean, par la grâce de Dieu, roi de Bohême et de Pologne, comte de Luxembourg, etc. ; considérant les loyaux services que les habitants de notre ville de Bastogne nous ont rendus et pourront nous rendre encore ; de l'avis de notre conseil général ; recherchant le profit de nos sujets en général, de même que leur amour ainsi que la paix. Nous quittons pour toujours nos manants, tant hommes que femmes, résidant à Bastogne, en-deçà et au-delà du vivier toutes actions, tailles, prières accoutumées, morte-mains, mes-mariages, commands usités et tous vilains services, leur octroyant franchise entière et droit de bourgeoisie d'après les règles fixées pour ceux de La Roche, le tout compté pour l'espace de terrain compris entre les deux portes de la dite ville.

Cet affranchissement comprend tous les manants présents et à venir et nous les constituons francs bourgeois et bourgeoises, avec les mêmes redevances à notre profit que ceux de La Roche nous payent ; c'est-à-dire qu'ils acquittent à la St-Remy et en mai les cens taxés par les échevins. Moyennant ce, ils jouiront des franchises et droits dont jouissent ceux de La Roche. Ils seront néanmoins tenus de nous héberger et de nous suivre à la guerre tant comme ceux de La Roche ; nous obligent de notre côté à leur accorder pour ce les mêmes émoluments. Ordonnons qu'à Bastogne il y ait un mayeur et sept échevins, chargés de maintenir la dite franchise ainsi que les bourgeois et bourgeoises dans leurs droits ainsi que de leur rendre la justice. Le mayeur et les échevins jureront de se régler en tout d'après les privilèges de La Roche, hors les questions touchant les héritages, lesquels seront traités d'après l'ancienne coutume, pour l'interprétation de laquelle ils prendront l'avis du prévôt du même La Roche. Quant aux autres affaires, ils suivront la jurisprudence admise par les mayeur et échevins de la même ville. Les mayeur et échevins de Bastogne donneront la mesure du vin et du blé comme d'ancienneté cela était usage dans la ville. Les marchands qui auront des dettes à réclamer contre des bourgeois procéderont comme procèdent ceux de Laroche ; et notre prévôt est tenu de leur prêter aide. Les bourgeois de Bastogne feront moudre leurs grains au milieu de cette ville, et non ailleurs, sinon dans le cas où ce moulin ne pourrait pas marcher.

Les franchises ci-dessus spécifiées et tous les privilèges même non écrits dont jouissent les bourgeois de La Roche, nous promettons sous notre serment de les maintenir loyalement à l'égard des bourgeois de Bastogne, ordonnant à tous nos officiers en général de les respecter et de leur prêter aide lorsqu'ils en seront requis. Soit puni de corps et d'avoir quiconque de nos sergents qui agirait contrairement à ce qui précède, tout comme celui qui aurait contrevenu à nos ordres directs. Pour que ce soit chose stable, nous avons fait sceller les présentes de notre grand sceau, ordonnant qu'elles conserveront leur force et valeur si même le sceau était brisé. Donné à Bastogne, le 12 juin 1332.

 

 

De la fin du Moyen-âge à la veille de la Seconde Guerre Mondiale

Au XVIème siècle, l'Italien Guichardin lui décerne le titre de "Paris en Ardenne", justifié par la renommée de ses foires au bétail et en grain. En 1602, des troupes hollandaises dévastent la région et tentent de s'emparer de Bastogne. Mais les fortifications jouent leur rôle et l'envahisseur se décide rapidement à changer de cap (dévastant au passage les villages voisins sans protection !). Une bonne partie de ces fortifications seront détruites lors du passage des troupes de Louis XIV en 1688.

Le mouvement de libération qui devait déferler sur la Belgique lors de son indépendance ne fut pas sans produire une certaine agitation en août et septembre 1830 à Bastogne. Une garde bourgeoise se constitua et les couleurs brabançonnes furent arborées en ville. Dès le 4 octobre 1830, une colonne de 15 volontaires partis pour Bruxelles leur excellent comportement, sous les ordres de P.F. Tosquinet, valut à la ville le DRAPEAU DE 1830 (exposé actuellement dans la Salle du Conseil de l'Hôtel de Ville).

Le pays de Bastogne connaît par la suite une ère de prospérité. Les écorces de chêne sont exportées vers l'Angleterre, les produits forestiers et en particulier les bois de mines sont exploités et envoyés directement dans les charbonnages. Le bétail vendu à la foire est expédié vers les plaines de Flandre par trains entiers. Les chevaux reproducteurs partent pour l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie et la France. Les activités industrielles sont peu développées, si ce n'est au XIXème siècle, la mine de plomb de Longvilly ou quelques ardoisières (comme à Benonchamps). Le réseau ferré a relié Bastogne au reste du pays et a ainsi permis un accroissement des échanges commerciaux:

  • Libramont - Bastogne en 1869

  • Bastogne - Gouvy en 1884-1885

  • Bastogne - Benonchamps - Kautenbach en 1887

Le chemin de fer vicinal a sorti de leur isolement de nombreux villages : Bourcy-Houffalize (1889) et surtout la plus longue ligne vicinale de Belgique: Marche-Bastogne-Martelange-Arlon (1901-1906).

Le début du XXème siècle vit apparaître les courses cyclistes et notamment Liège-Bastogne-Liège. Si aujourd'hui cette course ne suscite guère qu'un intérêt poli, elle était autrefois l'occasion d'une fête très animée. Les courses automobiles connurent également un succès énorme en ce début de siècle et notamment le célèbre " Circuit des Ardennes " créé par le baron Pierre de Crawhez.

Cette course, longue de 600 kms, empruntait à 5 reprises le triangle Bastogne-Martelange-Habay-la-Neuve-Longlier-Bastogne. De hauts personnages venaient y assister. L'empereur d'Allemagne Guillaume II y vint en personne encourager un de ses favoris. Le Circuit des Ardennes quitta Bastogne pour Francorchamps peu avant la guerre 1914-1918. Le BARON de CRAWHEZ objet d'une véritable vénération de la part des Bastognards, se vit édifier un monument suite à son décès accidentel en 1925. Fin juin 1914, de sombres événements se profilent à l'horizon. L'archiduc- héritier du trône d'Autriche-Hongrie est assassiné à Sarajevo (actuelle Bosnie-Herzégovine). La France, l'Allemagne, la Serbie et l'Autriche-Hongrie sont en état de guerre à la fin du mois suivant. Début août, le roi Albert Ier de Belgique est sommé de laisser passer les troupes allemandes. Il refuse et, le 4 août 1914, les Allemands entrent en Belgique. Le 8 août, les dragons- français lancent une reconnaissance aux environs de Bizory. Les Allemands les attendaient. Résultat : 2 morts et 8 blessés pour les Français, qui se replient. Les Allemands ne quitteront Bastogne que le 11 novembre 1918.

 

 

La Seconde Guerre Mondiale

En 1940, le 10 mai, la Belgique, les Pays-Bas, le Grand-Duché de Luxembourg et la France sont envahis par l'Allemagne. A la fin de la journée, les Allemands occupent Bastogne en dépit de l'héroïque résistance des Chasseurs Ardennais qui ont perdu un des leurs, le CAPORAL CADY.

En septembre 44, les troupes allemandes sont repoussées de Belgique et de France. Hitler, conscient que le sort des armes lui est défavorable, décide de couper le front occidental en deux. Après plusieurs réunions avec ses officiers supérieurs, il décide de porter, comme en 1940, son attaque en Ardenne et de foncer ensuite sur Anvers. Si son plan avait réussi, les Anglais, coupés des Américains, auraient capitulé et l'ensemble des armées allemandes se serait rabattue ensuite sur les Américains. Il faut bien reconnaître que le choix d'Hitler était judicieux.

Les unités américaines présentes sur le front ardennais étaient peu nombreuses, la forêt ardennaise étant jugée infranchissable en hiver. De plus, du fait de la rapidité de leur avance, leurs lignes de communication et de ravitaillement sont très étirées. Les conditions météorologiques ont en outre joué un rôle non négligeable durant la bataille. Le brouillard et le plafond bas servent les intérêts allemands durant les premiers jours, dans la mesure où ils clouent l'aviation alliée au sol. Or, celle-ci reste l'atout majeur des Anglais et des Américains. Le 16 décembre 1944, les Allemands ouvrent le feu. Ils déclenchent ainsi ce que l'on appellera plus tard "La Bataille du Saillant" (Battle of the Bulge). Totalement surpris, les Américains battent en retraite. Certaines unités qui tentent malgré tout de résister sont pulvérisées sur place. Jamais, à l'exception de Pearl Harbour, les Américains n'auront connu une aussi grande confusion.

L'objectif premier des Américains est de bloquer l'offensive allemande et également de préserver la place, nœud de communication vital. Ils y envoient donc en urgence la 101ème Division Airborne, commandée par le Brigadier Général Mc Auliffe (en l'absence du Général Taylor) ainsi que le Combat Command Team B de la 3ème Armée du Général Patton, qui se porta d'emblée aux endroits les plus menacés, à savoir Longvilly, Wardin et Noville.

Dès le 19 décembre, de violents combats ont lieu à Neffe, Wardin et Noville. Le 20, Bastogne est encerclé. Le 22, des émissaires allemands se présentent pour exiger la capitulation des Américains, ce à quoi McAuliffe répond " NUTS ". A partir du 23 décembre, profitant d'un temps enfin clair, l'aviation alliée bombarde sans arrêt les concentrations de troupes allemandes et parvient, par parachutage, à faire parvenir des vivres, des armes et des médicaments à Bastogne.

Le 26 décembre, les troupes du Général Patton rompent l'encerclement de la ville après de terribles combats. Leur entrée dans Bastogne ne signifiait malheureusement pas la fin de la bataille. De sanglants combats, parfois à l'arme blanche, auront encore lieu jusqu'au 18 janvier 1945, date officielle de la fin de la Bataille des Ardennes.

 

Le bilan de celle-ci est terrible:                                       

 
Américains 
Allemands   
Belges
10.733 tués  12.652 tués  2.500 tués
42.316 blessés 38.600 blessés 11.000 habitations détruites
22.636 disparus 30.582 disparus  le quart du cheptel
733 chars    324 chars  
1.300 véhicules     5. 000 véhicules  
592 avions            320 avions  

 

                                   

                               

                

       

        

 

 

Comme l'a souligné l'historien australien Chester WILMOT, en lançant cette offensive, Hitler a lui-même accéléré le processus de sa défaite et fait un cadeau exceptionnel aux Soviétiques. En effet, en agissant de la sorte, il a donné un avantage majeur à son ex-allié, Staline, dont les troupes ont continué à progresser. D'autre part, il a considérablement affaibli ses dernières troupes. Les hommes et le matériel perdus durant la bataille manqueront cruellement pour la défense du territoire allemand. Bastogne n'a pas oublié ces instants tragiques et a érigé plusieurs monuments à la mémoire de ceux qui sont tombés durant la seconde guerre mondiale.

 

 

Bastogne, ville et villages, aujourd'hui

 

 

 

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